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Pucallpa: l’oubliée de l’Amazonie péruvienne

Lorsque j’évoque l’Amazonie péruvienne avec d’autres voyageurs, ce sont presque toujours les villes d’Iquitos et de Puerto Maldonado qui surgissent de leurs bouches d’explorateurs des temps modernes. Parfois Chachapoyas ou Tarapoto… Pucallpa? Jamais!

Quand on entend parler d’Amazonie, c’est au Brésil qu’on fait le plus fréquemment référence. Normal, 63% de sa superficie se trouvent en terres auriverdes. Mais les Brésiliens ne sont pas les seuls à pouvoir se targuer d’accueillir le «poumon de la planète» au sein de leurs frontières.

En effet, l’Amazonie, ou forêt amazonienne pour les intimes, s’étend sur neuf pays… dont le Pérou (13%). L’Amazonie, la jungle, la selva en bon castillan, est ainsi l’une des trois régions distinctes du pays au drapeau rouge, blanc, et puis encore rouge.

Seulement voilà, l’essentiel du tourisme sylvestre est réparti entre les destinations phares de l’Amazonie péruvienne que sont Iquitos et Puerto Maldonado. Chachapoyas et Tarapoto se développent lentement mais sûrement, tandis que Pucallpa stagne à l’échelon du quasi-néant touristique.

Pucallpa vue de loin

Lors de la préparation de ma semaine là-bas, j’ai consulté mon fidèle ami TripAdvisor pour savoir comment j’allais bien pouvoir occuper mon temps.

Pour Iquitos et Puerto Maldonado par exemple, c’est relativement évident. Pour le premier c’est la réserve Pacaya Samiria, tandis que pour le second c’est la réserve du Manu, voire celle de Tambopata si t’es pas la progéniture de Crésus. Mais que diantre un touriste peut-il bien faire à Pucallpa? Pas grand chose à première vue… L’attraction favorite est une lagune que je sais ultra-polluée. La deuxième, une cathédrale d’architecture moderne. «Mince, j’aurai même pas le droit au charme des clous rouillés transperçant l’épiderme de Jésus», me dis-je.

cathedrale pucallpa

Et puis un peu plus bas dans le classement, le «Parque Natural de Pucallpa», qui n’a rien de naturel puisque c’est un zoo où, en plus d’être enfermés, les animaux sont, d’après mes sources, sous-alimentés et gardés dans des enclos insalubres.

Avant de prendre l’avion seules deux choses me réjouissaient : pouvoir m’éclater le bide avec la succulente nourriture amazonienne (que j’avais déjà goûtée à Tarapoto) et rencontrer une partie de la famille de ma copine. Ainsi, même si le billet était remboursable, faire faux bon à la cité pucallpine m’aurait sans doute transformé en gueuleton pour les voraces pirañas du fleuve Ucayali lors d’une future visite forcée. J’avais pas le choix, fallait que j’y aille!

Pucallpa vue de près (avec du retard)

Armé de mon spray DEET anti sales bêtes et de beaucoup de patience, je quitte Lima avec 2h45 de retard et divorce définitivement de Peruvian Airlines suite à ce cinquième retard sur cinq (en comptant le retour où l’avion a eu 40 minutes de retard).

Peruvian Airlines Pucallpa

Photo de mon agresseur.

Ravi d’arriver et de découvrir un ciel radieux qui change de la constante grisaille de Lima, mon enthousiasme est de courte durée. Vite, la clim’! Jésus l’a-t-il dans sa cathédrale dernier cri?

J’aurais pu m’embarquer dans une croisière fluviale de plusieurs jours jusqu’à Iquitos. J’aurais pu rejoindre une communauté Shipibo-Conibo à 4h de bateau sur le fleuve Ucayali. Mais finalement je suis resté à Pucallpa toute la semaine. Et heureusement, sinon je n’aurais pas pu découvrir cette ciudad de 210 000 habitants.

Pucallpa c’est typiquement la ville à laquelle tu dois octroyer un peu de ton temps avant quelle te montre ses atouts. Pas comme cette pute de Cusco qui ouvre ses jambes au premier touriste venu. Mais quand même, Cusco reste vachement plus bonne. Pardon, je suis vulgaire. Si ma mère lisait ça… (Il fait quel temps en Suisse, maman?)

pucallpa pucallpa

Ses atouts donc… premièrement tout va à deux à l’heure! Tout est si lent, si chill, que c’est relaxant. Et non, je n’ai pas pris d’ayahuasca; un breuvage à base de lianes préparé par des chamanes des tribus indiennes d’Amazonie qui possède des propriétés curatives et qui fait rire les oiseaux et chanter les abeilles.

Les gens sont souriants, posés, tranquilles. Ça change de Lima, ça fait du bien!

Au niveau des lieux à visiter, si la Plaza de Armas ne vaut pas le coup d’œil, le port fluvial, lui, le deuxième plus important de toute l’Amazonie après celui d’Iquitos, rehausse significativement le niveau. S’il ne faisait pas si chaud, j’aurais pu y passer de longues heures à observer les scènes d’échanges de marchandises. De la petite bute qui surplombe les lieux, on n’en perd pas une miette. Entre les impressionnantes cargaisons de poissons, bananes, papayes, mangues, camu camu, bois, ferrailles et autres pièces de mobilier, des rires, des cris et d’houleuses négociations émanent de ce fourmilier de chair et d’huile de coude. Plutôt intéressant!

port pucallpaport pucallpaport pucallpa

Plus tard dans la semaine, je me suis offert une balade en bateau peque peque sur la lagune de Yarinacocha, a.k.a. l’attrait numéro un de Pucallpa City. Oui, il y a une pointe de sarcasme dans ma phrase. Néanmoins, globalement, j’ai passé une très bonne demi-journée à naviguer ses eaux sales… C’est fort dommage que le gouvernement régional ne fasse pas l’effort de la nettoyer rapidement. Ils ont un projet d’aménagement d’une esplanade estimé à plus de 400 000 dollars afin de dynamiser la zone avec la création de bars, de restaurants et d’autres types de commerces en relation avec la lagune, mais aucun projet d’assainissement des eaux en vue… c’est en discussions depuis bientôt trois ans mais rien de concret! Evidemment, cela ne fait pas gagner de voix pour les prochaines élections… l’esplanade si!

yarinacocha pucallpa yarinacocha pucallpa yarinacocha pucallpa

Le plus triste c’est que les gens, mal informés, se baignent et pêchent dans la lagune de Yarinacocha! Regarde l’état du garde manger de cet iguane… et encore, à cet endroit la rive est relativement propre.

iguane yarinacocha

Dommage, disais-je, car l’endroit est plutôt joli, sauvage. La lagune a un potentiel touristique indéniable de par sa beauté naturelle. Mais outre la saleté de ses eaux, ses rives accueillent deux pseudo-communautés natives Shipibo-Conibo; celles de San Francisco et de 11 de Agosto. Selon certains locaux avec qui j’ai pu discuter, la première n’est en fait qu’une bande d’acteurs, comme aux Uros, qui utilise les racines de ses ancêtres dans un but purement commercial. La seconde est moins connue, mais pour l’avoir visitée, elle ressemble plus à un marché de bibelots artisanaux qu’à une véritable communauté malgré la présence de quelques maisons sur pilotis.

11 de agosto yarinacocha11 de agosto yarinacocha

Parmi les autres «attraits» touristiques de la lagune, un mini-zoo, avec des tortues, des paiches (poisson géant d’eau douce), des suris (larves que les locaux mangent) et un pauvre anaconda qui barbotait dans une piscine plus petite que ma baignoire.

suris pucallpa

Au final, ce qui m’a le plus plu c’est l’heure de pêche aux pirañas improvisée par notre guide David – que je recommande fortement si tu daignes passer par Pucallpa… 30 soles de l’heure, son numéro 961667301. Enfin je dis pêche, mais dans l’absolue je les ai plus nourri qu’autre chose.

Et malgré la chaleur (sensation de 48 degrés!), j’étais satisfait de mon semi-échec personnel… Je crois qu’il faisait tellement chaud que si les pores de ma peau étaient équipés de turbines, j’aurai pu revendre l’électricité au marché entre deux ananas et trois papayes.

Prends note cher ami, y’a un filon à exploiter!

laguna yarinacochapirana ucayali

Même si je ne suis pas allé au plus profond de la forêt amazonienne pour y observer les animaux, j’ai tout de même eu la chance de partager un petit instant avec un singe et un ara apprivoisé par une famille d’amis d’amis d’amis.

ara amazonie perousinge amazonie perou

Pucallpa à vue de fourchette

En terme de richesse, de diversité, aucune cuisine au monde peut rivaliser avec la péruvienne. Et la selva ne déroge pas à la règle… La nourriture fut sans doute l’intérêt touristique principal de mon voyage à Pucallpa *emoji cochon*.

Voici une liste certainement exhaustive de ce que je te recommande de goûter si un de tes futurs voyages t’amène à visiter l’Amazonie péruvienne :

  • Le juane – Une sorte de boule de riz subtilement épicée dans laquelle on découvre au fil de la dégustation œuf, olives et poule/poulet. Le tout bout 1h30 emballé dans une feuille de bijao (cachibou)
  • Tacacho con cecina – Un plat composé d’une masse consistante formée de banane verte écrasée/hachée, de beurre et de morceaux de porc frits (tacacho) accompagné de viande de porc séchée et fumée (cecina)
  • Le bagre a la parrilla – Du poisson-chat du fleuve Ucayali au grill (à acheter devant de nombreuses maisons à la tombée de la nuit pour quelques soles)
  • La patarashca – Un plat à base de poisson (peut être de toute sorte mais je recommande la doncella) cuit dans un jus composé de tomates, d’oignons, d’ail, de sacha culantro, d’huile d’olive et d’une pointe de piment
  • Le camu camu – Un superfruit plein de vitamines et d’antioxydants (20 à 30 fois plus de vitamine C que le kiwi) qui est tellement bon en jus que j’en ai ramené 6 kg à Lima!

parilla pucallpa

Comme je le disais précédemment, Pucallpa est une ville avec laquelle il faut être patient pour qu’elle te dévoile ses atouts. Les plus belles choses sont cachées, et contrairement aux touristes lambdas, j’ai eu la chance que des locaux me montrent leur ville. Par exemple, les deux restos dans lesquels j’ai mangé, El Golf et Orlando’s sont loin des lieux touristiques. Le premier n’apparait même pas sur TripAdvisor… Et ce fut délicieux. Et puis j’ai pu visiter le quartier de Manantay et le marché Bellavista où il n’est pas conseillé de s’y aventurer si on ne les connaît pas un minimum… Pucallpa est difficile à apprivoiser.

Pour conclure, malgré le fait que j’aie passé une excellente semaine, je ne recommanderais pas Pucallpa au voyageur qui vient au Pérou pour seulement quelques semaines. Il y a de nombreux endroits bien plus intéressants d’un point de vue touristique et je suis convaincu que Pucallpa, contrairement à Chachapoyas et Tarapoto, n’aura pas sa place dans le panorama touristique du Pérou sur le moyen terme.

Mais un jour peut-être… le diamant brut Pucallpa n’attend que son tailleur.

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8 commentaires

  1. Maman 30 septembre 2015 à 20 h 36 min

    Mais oui mon fils !!! Ta maman lit tes écris !!!!

  2. Falaise 1 octobre 2015 à 1 h 16 min

    Ta Maman, elle est bonne celle la 🙂 en tout cas il est super ton récit sur cet endroit la. Le Pérou est dans ma hit liste dans environ 2 ans. Bonne continuation!

  3. Voyage Nord du Perou 25 mars 2016 à 19 h 09 min

    Pucallpa est en effet moins connu que les autres endroits cités de l’Amazonie péruvienne. Cependant, au jour d’aujourd’hui, des projets touristiques conséquents sont à venir dans cette région concernant notamment du tourisme communautaire. Le Pérou reste et va rester encore longtemps une souce d’inspiration incroyable. Philippe

    • Jessy Caiado 2 avril 2016 à 8 h 07 min

      Salut Philippe!

      Comme tu as pu le lire, j’ai eu la chance de voguer une matinée sur la lagune de Yarinacocha. Sur les rives de celle-ci, les communautés de San Francisco et 11 de Agosto ont presque le monopole du tourisme pucallpin. Cependant, de ce que j’ai pu discuter avec quelques locaux en ville, tout cela n’est qu’une gigantesque mascarade destinée à se faire un peu d’argent sur le dos des touristes en mimant certaines coutumes Shipibo qui sont réellement pratiquées à quelques heures/jours de bateau.

      Aurais-tu des noms de communautés ou de projets sérieux dans la région à partager? 🙂

      • Voyage Nord du Perou 19 avril 2016 à 16 h 40 min

        Salut. Je vis à Chachapoyas et j’aime travailler avec les communautés, notamment dans le Nord du Pérou. J’ai pu rencontrer des gens qui sont venus me parler de projets d’investissement dans l’Amazonie dont Pucallpa. Tout bien-sûr parle de tourisme. Concernant ces pauvres communautés à qui l’on a fait miroiter tant de choses toutes ces années, tant au niveau gouvernementale que privé, je demeure toujours un peu sceptique. Oui, le tourisme est mon métier, mais j’aime bien penser en long terme et dans certaines région du Pérou, le chemin peut sembler long pour certains. Mais que c’est passionnant! Phil

        • Jessy Caiado 20 avril 2016 à 22 h 15 min

          Merci pour ce partage d’expérience, Phil!

          C’est vrai que les communautés indigènes sont souvent oubliées par les gouvernements régionaux et municipaux une fois que ces derniers sont élus, en partie grâce aux votes de ces communautés qui ont cru en leurs promesses en l’air.

          Le développement du tourisme communautaire au Pérou, et en Amérique latine, passe surtout par des initiatives privées, à but lucratif ou non. Et, en ce qui concerne le Pérou (le cas que je connais le mieux), il me paraît utopique d’espérer des aides publiques sur le court et moyen terme. Heureusement qu’il existe des agences comme la vôtre pour promouvoir ces terres oubliées!

  4. Poriel 4 août 2016 à 18 h 39 min

    Bonjour,
    Je vais faire un long voyage Est-Ouest (Guyana, Bolivie et Pérou). Départ le 15 septembre 2016. Je passerai par Pucallpa et j’aimerai trouver une solution pour aller vers la Sierra Cuntamana.
    A qui dois-je m’adresser à Pucallpa pour trouver un bateau fiable ?
    Merci

    • Jessy Caiado 9 août 2016 à 18 h 54 min

      Bonjour,

      Un très beau voyage qui s’annonce pour vous!

      J’ai consulté avec des connaissances qui vivent à Pucallpa et ils me disent que les embarcations laissent à désirer. Par conséquent, je ne peux pas vraiment vous recommander un contact fiable et de confiance. Mais sachez qu’il est également possible d’accéder à Contamana en avionette. D’après eux, cette option est plus «safe».

      Bon voyage!

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